LE MAGAZINE À PORTÉE DE MOT

Que souhaitez-vous découvrir ?

Quelques pistes pour commencer

Intelligence artificielleLeadershipLivresMotivation
Management & leadership

Les mêmes collègues dépannent tout le monde : protéger le temps d’entraide

Une professionnelle fictive entourée de collègues qui demandent un appui montre l’horloge pendant qu’elle travaille sur sa propre maquette
Caricature éditoriale : aider les collègues demande aussi une place dans la journée.
Votre article, à écouter
Réglages audio

Lecture vocale avec les voix de votre appareil.

Activez JavaScript pour utiliser la lecture audio.

Un collègue passe pour une question rapide. Un autre envoie un fichier à vérifier. Puis quelqu’un demande un avis avant de répondre au client. La personne sollicitée rend service, mais son propre dossier n’avance plus. Au point de suivi, le manager lui demande pourquoi elle a pris du retard. Une partie de sa journée a servi au travail des autres, sans être prévue dans ses engagements.

Quand les mêmes collègues dépannent régulièrement toute l’équipe, remercier leur disponibilité ne suffit pas. Il faut décider comment les demandes arrivent, lesquelles peuvent attendre et quelle place l’aide occupe dans le travail prévu. La démarche proposée ici permet de conserver l’entraide tout en donnant des limites compréhensibles à ceux qui la fournissent.

Reconstituer une journée de sollicitations sans compter les bons points

Commencez avec la personne concernée, à partir d’une journée récente qu’elle peut décrire. Quelles demandes ont interrompu son travail ? Certaines ont-elles été traitées immédiatement alors qu’elles pouvaient attendre ? D’autres ont-elles nécessité de reprendre un dossier entier ? Vous cherchez le fonctionnement des échanges, sans établir un classement des collègues qui dérangent le plus.

Une question courte n’entraîne pas toujours une réponse courte. Pour vérifier une formule, il faut parfois retrouver les données, comprendre la méthode et examiner les exceptions. Demandez ce qu’a réellement demandé l’intervention. L’intitulé « petit coup de main » peut masquer une tâche de contrôle qui devrait figurer dans l’organisation du travail.

Regardez aussi ce qui a été déplacé. Un rendez-vous peut être conservé tandis que la préparation se reporte en fin de journée. Un travail important peut rester en attente parce qu’il n’a pas d’échéance extérieure visible. Notre guide pour arbitrer la charge de travail en équipe aide à mettre ces conséquences dans la discussion.

Gardez une observation légère et convenue. Il n’est pas nécessaire d’installer un suivi permanent des messages ou de demander aux personnes de justifier chaque minute. Quelques situations suffisamment décrites permettent déjà de décider où agir. Si les demandes touchent des informations confidentielles, retirez les détails qui ne servent pas à comprendre le circuit.

Distinguer le dépannage nécessaire de l’attente évitable

Examinez ce qui se passerait si la réponse arrivait plus tard. Le collègue peut-il avancer sur une autre partie ? Le client attend-il une information à une heure confirmée ? Une opération doit-elle être suspendue tant qu’un contrôle n’est pas effectué ? La disponibilité du collègue le plus serviable ne devrait pas devenir le seul critère de priorité.

Pour une demande ordinaire, un message peut indiquer le point à examiner, la tentative déjà faite et le moment où la réponse devient nécessaire. Cette formulation aide la personne sollicitée à proposer un délai. Elle peut répondre : « Je regarde ce passage après mon rendez-vous » ou préciser qu’elle n’a pas la compétence requise. Notre article sur la manière de demander une aide précise développe la préparation de cette question.

Le manager doit toutefois assumer les demandes qui relèvent d’une décision. Un collègue peut expliquer comment utiliser un outil ; il ne peut pas forcément modifier une échéance ou autoriser une exception. Lorsque plusieurs personnes demandent des avis sur le même choix, nommez le décideur. Sinon, l’entraide devient un détour autour d’un arbitrage que personne n’a encore rendu.

Les contrôles nécessaires à la sécurité ou aux obligations du métier conservent leurs règles. Un créneau d’aide ne remplace pas une supervision requise. Pour les autres urgences, définissez quand interrompre est justifié et vers qui se tourner si le collègue habituel est indisponible. Les repères de notre guide sur les interruptions liées aux urgences complètent ce choix.

Deux demandes de travail fictives sont examinées, l’une près d’une horloge et l’autre dans un plateau d’attente
Mise en scène : préciser le besoin et le délai permet de choisir quand intervenir.

Donner une place à l’aide dans les engagements de la semaine

Si une personne assure régulièrement la relecture des dossiers de l’équipe, reconnaissez ce rôle dans le planning. Cela implique de revoir ce qui lui est demandé ailleurs. Ajouter une plage d’aide à une semaine déjà pleine ne crée pas du temps : le manager doit réduire une autre demande, déplacer une échéance ou chercher un appui disponible.

Choisissez un fonctionnement adapté à l’activité. Des questions peuvent être regroupées dans un créneau connu. Une personne différente peut assurer un premier accueil, à condition d’avoir les compétences et les accès nécessaires. Certains sujets demandent un rendez-vous plutôt qu’un échange entre deux portes. Ne multipliez pas les dispositifs avant d’avoir compris quels besoins reviennent réellement.

Annoncez le circuit à toute l’équipe. Précisez où déposer une question, quel délai peut être proposé et qui traite un blocage ne pouvant attendre. La personne sollicitée doit pouvoir s’appuyer sur cet accord lorsqu’elle reporte une demande. Il ne serait pas cohérent de lui conseiller de protéger son temps, puis de lui reprocher chaque réponse différée.

Dans les résultats de sa consultation nationale sur le dialogue professionnel, publiés le 12 juin 2025, l’Anact souligne l’importance d’organiser les échanges et leur suite. Cette consultation recueille des perceptions, sans constituer un échantillon représentatif. Le repère utile ici est organisationnel : une discussion sur les difficultés doit pouvoir conduire à une décision sur le travail.

Un exemple fictif : les relectures de Nadia

Dans une agence de communication fictive à Casablanca, Nadia maîtrise bien les tableaux de suivi des campagnes. Ses collègues lui demandent de vérifier leurs fichiers avant les réunions clients. Ces demandes arrivent souvent lorsqu’elle prépare ses propres analyses. Son responsable découvre que certaines vérifications concernent un calcul inhabituel, tandis que d’autres reprennent toujours la même mise en forme.

Avec Nadia et les collègues concernés, il propose de déposer les questions ordinaires avant un créneau de relecture convenu. Chaque demande indique le passage à examiner et la réunion concernée. Les contrôles urgents suivent un circuit séparé, avec une personne habilitée pour décider si la réunion doit attendre. Le responsable réduit en parallèle une autre tâche prévue pour Nadia.

La mise en forme récurrente est traitée dans un exemple commun que chacun peut réutiliser. Les calculs inhabituels restent examinés avec la personne compétente. Le scénario ne suppose pas que tous les collègues deviennent capables de tout contrôler. Il cherche à retirer des sollicitations répétitives sans supprimer le recours à une expertise utile.

Ce cas est inventé ; aucun gain de temps mesuré n’est présenté. Il montre la décision que le manager doit rendre visible : quel travail Nadia peut-elle encore assurer lorsque l’aide devient une mission régulière ? La réponse ne peut pas reposer uniquement sur sa capacité à finir plus tard.

Vérifier que le nouveau circuit aide aussi ceux qui demandent

Après une période convenue, revenez sur une demande traitée et sur un cas resté en difficulté. La personne qui apporte l’aide a-t-elle pu maintenir ses engagements ? Le demandeur savait-il quand attendre une réponse ? Un blocage a-t-il été reporté sans interlocuteur ? Ces questions permettent d’ajuster le circuit au lieu de juger sa réussite au nombre de messages envoyés.

Si les mêmes questions reviennent, cherchez ce qui manque en amont. Un modèle ambigu, un accès absent ou un changement mal expliqué peut entretenir le besoin. Une transmission ciblée peut alors devenir utile, comme le décrit notre article sur le savoir détenu par une seule personne. Ici, cette transmission reste une réponse à choisir, pas une tâche ajoutée automatiquement au collègue déjà sollicité.

Conservez aussi les échanges spontanés qui fonctionnent. Tout passage d’un collègue ne doit pas devenir un ticket ou un rendez-vous. Le circuit sert surtout à rendre prévisibles les demandes qui prennent du temps ou reviennent souvent. Une aide vraiment brève et compatible avec les engagements peut rester simple.

Des mains déplacent un bloc de travail dans un planning matériel pour laisser une place visible à un échange d’entraide
Illustration : prévoir un temps d’aide implique de revoir les autres engagements.

Une lecture pour penser la coopération au-delà de la disponibilité

Dans Ensemble. Pour une éthique de la coopération, Richard Sennett examine la coopération dans le travail pratique. La présentation d’Albin Michel souligne sa réflexion sur les liens entre les personnes et les activités collectives. Ce livre offre un prolongement au sujet : travailler avec les autres demande davantage qu’une personne toujours prête à répondre.

L’édition de poche présentée ci-dessous est parue en mars 2023. Elle peut nourrir une réflexion sur les relations de travail ; elle ne constitue pas le protocole de gestion des demandes proposé dans cet article. Pour commencer dans votre équipe, choisissez une sollicitation récurrente et convenez de son circuit. Rendez ensuite visible le temps nécessaire dans les engagements de la personne qui apporte l’aide.

À PROPOS DE L’AUTEUR

La rédaction

L’équipe éditoriale de Vise la Réussite : des repères, des méthodes et des idées pour avancer.

Comment nous préparons nos articles ↗Tous ses articles ↗
POUR PROLONGER LA RÉFLEXION

Les idées se répondent.