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Une réunion revient chaque semaine : tester sa suppression sans perdre le suivi

Caricature éditoriale : une équipe tourne dans une roue de réunions tandis qu’une responsable ouvre une sortie vers le travail collectif
Caricature éditoriale : sortir d’un rendez-vous répétitif en préservant la coordination.
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Le rendez-vous revient chaque mardi dans les agendas. On y annonce ce que chacun a fait, on évoque quelques obstacles, puis on se retrouve la semaine suivante avec une liste assez semblable. Vous envisagez de supprimer cette réunion, mais une question vous retient : qui repérera les difficultés si l’équipe ne se parle plus à ce moment-là ?

Commencez par un essai limité, avec une solution de remplacement précise. Le but est de vérifier si les informations nécessaires circulent et si les décisions arrivent à temps lorsque ce rendez-vous disparaît. Une réunion peut perdre sa raison d’être sans que le besoin de coordination ait disparu. C’est ce besoin qu’il faut préserver.

Retrouver ce que la réunion produit réellement

Regardez les deux dernières séances. Qu’a-t-on décidé ? Quel obstacle a été levé grâce à la présence des participants ? Quelle information aurait manqué sans cet échange ? Cherchez des éléments observables, plutôt qu’une impression générale de convivialité ou d’ennui. Un rendez-vous calme peut être précieux pour prévenir un malentendu ; une discussion animée peut se terminer sans aucune suite.

Demandez aux collègues ce qu’ils viennent y chercher. Le responsable y voit peut-être un suivi d’activité, tandis qu’une personne attend surtout une réponse sur un dossier bloqué. Si vous retirez le rendez-vous en ne considérant que le suivi, vous supprimez aussi son accès à cette réponse. Une conversation courte avant l’essai permet de rendre ces attentes visibles.

Atlassian propose dans son Team Playbook un audit des réunions d’équipe pour repérer celles qui peuvent être adaptées ou remplacées par des échanges différés. Son approche souligne la nécessité d’organiser les nouvelles pratiques de partage d’information. Ce repère méthodologique ne prouve pas qu’une réunion donnée est inutile : l’équipe doit examiner sa propre situation.

Si le rendez-vous sert à arbitrer, le sujet relève plutôt de la façon de faire aboutir une réunion à des décisions suivies. Une meilleure préparation ou un nombre réduit de participants peut suffire. Ne choisissez pas sa suppression pour éviter une décision difficile.

Choisir un rendez-vous dont l’absence peut être testée

Visez une réunion interne récurrente que vous avez effectivement le pouvoir d’adapter. Écartez les obligations de consultation, les échanges imposés par un contrat et les dispositifs nécessaires à la sécurité. Leur fréquence ou leur forme ne se modifie pas sur la seule base d’un conseil d’organisation. Les règles applicables dépendent du pays, du secteur et des engagements de l’entreprise.

Un point principalement consacré à lire des informations déjà disponibles offre un terrain d’essai raisonnable. À l’inverse, une séance où plusieurs métiers doivent confronter leurs contraintes peut difficilement devenir une succession de messages isolés. La présence simultanée permet parfois de comprendre en quelques minutes un désaccord que personne ne sait bien écrire.

Définissez une période courte, adaptée au rythme de l’activité. Deux occurrences peuvent convenir pour commencer ; ce n’est pas une durée universelle. Si les problèmes n’apparaissent qu’à la clôture mensuelle, quelques jours sans réunion renseignent peu. Notez dès le départ la date à laquelle vous examinerez les effets de l’essai.

Mise en scène opposant une table de discussion avec un puzzle à résoudre et un carnet de suivi partagé
Illustration : une décision collective et une information de suivi ne demandent pas toujours le même échange.

Préparer le relais avant de libérer les agendas

Une annulation accompagnée de « envoyez un message si besoin » laisse chacun deviner ce qui mérite d’être transmis. Prévoyez un endroit commun où l’information est disponible, avec un responsable de mise à jour. Un document partagé existant peut suffire. Ajouter un nouvel outil demande davantage d’effort et peut créer une dispersion supplémentaire.

Le suivi doit permettre de voir ce qui a changé depuis la dernière mise à jour, ce qui attend une décision et qui doit intervenir. Évitez les comptes rendus exhaustifs. Si chacun passe une heure à rédiger ce qu’il disait auparavant en quelques minutes, le remplacement a simplement déplacé le travail.

Indiquez quand les mises à jour doivent être disponibles et à quel moment le manager les lira. Une demande d’arbitrage doit avoir un destinataire et un délai de réponse. Sans cela, le document devient une salle d’attente silencieuse. Pour organiser la responsabilité de chacun, vous pouvez reprendre les repères qui servent à clarifier les décisions, les limites et le suivi d’une mission.

Conservez un moyen de parler lorsqu’un échange écrit ne suffit pas. Un sujet sensible concernant une personne ne devrait pas se retrouver dans un tableau accessible à toute l’équipe. Une difficulté urgente peut nécessiter une conversation directe. Définissez les situations qui justifient un appel et la personne à contacter, sans créer une disponibilité permanente pour chaque question.

Un exemple fictif : remplacer le tour des dossiers

Imaginons une petite société de services à Casablanca. Son équipe tient un point de quarante minutes sur les dossiers clients chaque jeudi. Les salariés lisent surtout l’avancement de demandes déjà renseignées dans un tableau. Certaines décisions commerciales sont pourtant prises pendant ce rendez-vous, et la personne chargée de la facturation y repère des informations qui lui manquent.

La responsable propose un essai sur deux jeudis. Chaque dossier est actualisé la veille, avec un champ réservé aux décisions attendues. Elle répond à ces demandes avant midi. La facturation dispose d’un emplacement où signaler les pièces manquantes. Si une difficulté implique plusieurs personnes, celles-ci organisent un échange ciblé plutôt que de convoquer automatiquement tout le monde.

Au premier bilan, l’équipe constate qu’un dossier n’a pas été actualisé et que la facturation a dû chercher son interlocuteur. Il serait prématuré de conclure que l’écrit ne fonctionne jamais. La responsable précise qui actualise ce dossier et ajoute le nom du contact utile. Si les demandes restent ensuite sans réponse, le défaut tient à la prise de décision, pas uniquement au format.

Ce cas est fictif. Il illustre une démarche d’organisation, sans attribuer aux entreprises marocaines une pratique générale ni transposer des obligations françaises. Le même raisonnement peut être utile à une équipe en Belgique, en Suisse ou ailleurs, avec des conditions d’accès aux outils et des contraintes propres.

Mesurer le travail déplacé, pas seulement le temps libéré

Un créneau vide ne démontre pas que l’équipe travaille mieux. Demandez ce qui a été nécessaire pour le remplacer : temps de rédaction, lecture, messages de relance, petits appels et recherche d’informations. Comptez aussi les décisions qui ont attendu et les problèmes découverts trop tard. L’objectif n’est pas de chronométrer les personnes, mais d’observer les conséquences du changement.

Un calcul simple rend le coût visible. Dans un exemple fictif, une réunion de trente minutes avec six participants mobilise trois heures de présence cumulée. Si son remplacement demande dix minutes à chacun et vingt minutes au responsable, il mobilise une heure vingt. Ce calcul exclut la préparation, les interruptions et la valeur des échanges ; il aide à poser une question, sans constituer une mesure complète de productivité.

Écoutez particulièrement les collègues qui disposent de moins d’informations informelles. Une personne à distance ou récemment arrivée peut perdre son seul moment pour entendre les autres métiers. Un document tenu correctement ne remplace pas tous les échanges nécessaires à son intégration. Le dispositif destiné à accompagner une nouvelle recrue dans sa première mission doit rester accessible pendant l’essai.

Balance éditoriale comparant un créneau de réunion retiré aux messages, lectures et décisions nécessaires au suivi
Illustration : le bilan inclut le travail qui remplace la réunion et les décisions qui restent en attente.

Décider de la suite et garder un point de réexamen

À la date prévue, choisissez une suite explicite. Vous pouvez supprimer le rendez-vous, l’espacer, le raccourcir ou le rétablir avec un objet différent. Appuyez-vous sur les difficultés observées. Une suppression peut fonctionner pour la mise à jour des dossiers alors qu’un échange collectif reste nécessaire au début d’un projet ou pendant une période inhabituelle.

Précisez ce qui justifierait de revoir la décision : informations régulièrement absentes, arbitrages trop tardifs, coordination devenue plus coûteuse. Vous éviterez ainsi de rouvrir la même décision sans critères nouveaux. Le retour à une réunion n’est pas un échec si l’essai a permis de définir ce qu’elle doit produire.

Pour approfondir le travail du manager, Bernard Diridollou propose Manager son équipe au quotidien, publié chez Eyrolles en sixième édition en 2019. Le sommaire présenté par l’éditeur aborde notamment l’organisation du travail, la disponibilité du manager et l’autonomie des collaborateurs. Ces thèmes prolongent la question du relais lorsque l’on modifie un rituel d’équipe. La démarche d’essai proposée ici est celle de cet article ; elle n’est pas présentée comme un protocole extrait du livre.

Avant d’annuler le prochain rendez-vous, écrivez ce qui prendra sa place et qui répondra aux difficultés. Si ces deux éléments restent flous, gardez le créneau le temps de les préciser. La réunion peut ensuite disparaître sans que la coordination soit laissée au hasard.

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